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ESPION de la GUERRE FROIDE - auteur : René Jacquinet PDF Print E-mail
Written by Pierre Flauss   
Thursday, 06 January 2011 15:20

Espion de la guerre froide

 

 

 

Symbolique : Bouclier de la couleur blanche du commandement rehaussé du glaive de l’armée de Terre, d’un demi vol de l’armée de l’Air et de l’étoile rouge de l’armée soviétique

 

 


 

 

 

 

Avant de narrer une mission opérationnelle au cœur du monde soviétique par un membre de la Mission militaire près le haut-commandement soviétique en Allemagne (MMFL), il est bon de rappeler l’historique de cet organisme.

En 1947 des accords franco-soviétiques, dits Noiret-Malinine, ont été signés en vue de faciliter les échanges entre les deux armées. Un statut d’immunité, avec liberté de circulation sur les zones d’occupation partenaires, a été attribué à la mission française installée à Potsdam et à son homologue à Baden Baden près le Commandement en chef des forces françaises en Allemagne (CCFFA).

Des accords identiques liaient les Soviétiques aux Britanniques et aux Américains.

La liberté de circulation a vite été dévoyée de son rôle premier au profit de la recherche du renseignement. Il s’agissait d’alerter sur les mouvements de centaines de milliers de troupes soviétiques et est-allemandes, de renseigner sur leurs matériels et leurs infrastructures.

L’objectif a été atteint mais les missionnaires en ont payé le prix. Nos camarades l’adjudant-chef Philippe Mariotti et le major américain Arthur D.Nicolson y ont laissé leur vie. Pour des soldats de l’ombre les médailles n’étaient décernées qu’à titre posthume, hormis pour l’adjudant-chef Blancheton et le capitaine Staub, très grièvement blessés.

 

 

 

Stèle à la mémoire de l’adjudant-chef Mariotti et dépôt d’une gerbe sur le lieu de sa mort. La 145° promotion de sous-officiers de l’ENSOA de Saint-Maixent porte son nom.

 

 

 

 

 

Le major Nicholson repose au cimetière national d’Arlington

 

 

 

L’auteur, arrivé à la MMFL au milieu des années 80, a eu la chance comme major d’être chef d’équipage en mission alors que les anglo-saxons étaient officiers.

C’est une mission de 24 heures dans le " local " (zone circulaire centrée sur Berlin) qui sera décrite. Elle commence par une préparation, une reconnaissance aérienne de la BCZ (Bording Control Zone) qui correspond à la zone terrestre qui sera parcourue et un débriefing au retour à Berlin-ouest.

La veille de la mission commence par une relecture des dossiers sur les structures, les objectifs et les matériels en dotation dans l’armée est-allemande (National Volksarmee - NVA) et le Groupe de Forces soviétiques Stationnées en Allemagne (GFSA). Vérification du matériel de recueil : appareils photos avec leurs objectifs, caméscope, dictaphone, dispositif de vision nocturne, boussole, cartes, accords Noiret-Malinine, propusk.

Ce dernier est un laissez-passer délivré par les Soviétiques et nous assure la liberté de déplacement, hors zones interdites, sur le territoire de la République Démocratique Allemande, zone de stationnement du GFSA.

 

 

18 membres de la MMFL sont " cartés " avec un propusk, y compris le chef de mission, son adjoint, le gérant des villas de Potsdam et les 3 sergents pilotes.

 

 

En cas d’incident un missionnaire peut devenir persona non grata (PNG) et perdre son propusk.

 

Je me rends sur l’aéroport de Tegel et je discute avec le pilote de l’avion de reconnaissance, un major de l’ALAT très compétent, des modalités du vol : heure de décollage, itinéraire, objectifs à survoler. Il est expérimenté et la navigation me sera ainsi facilitée. Je pourrais me concentrer sur le recueil car il n’est déjà pas aisé d’identifier l’activité sur les terrains d’exercice comme au sein des unités. Il faut en effet crier dans le dictaphone les observations, photographier au téléobjectif et changer les pellicules dans un L19 où l’équilibre est difficile à maintenir.

 

 

Au cours du survol d’une unité de chars je demande au pilote de descendre, j’insiste car il m’indique que nous sommes en dessous du plafond autorisé mais les personnels font le recomplétement des T64 en munitions et il est bien sûr de la plus haute importance d’en connaître le type.

 

 

 

Après cette mission aérienne qui a occupé la matinée, je rentre au quartier Napoléon pour le débriefing et le dépôt des 5 rouleaux photos au labo.

Convocation chez le colonel chef de mission. Souci ! Les Soviétiques ont émis une protestation pour ce vol en dessous du plafond. J’argumente sur l’intérêt de ma décision et le colonel niera cette erreur auprès de son homologue. La routine.

Je rentre vite chez moi à la cité Foch pour déjeuner et emporter mes affaires personnelles.

Vers 13 h 30 je récupère la VGL (véhicule de grande liaison) dont je vérifie l’état et les dispositifs particuliers. Des interrupteurs permettent ainsi de modifier l’éclairage, comme l’occultation des feux stop lors du freinage afin de nous rendre plus discrets. Nous conduisons parfois feux éteints, avec ou sans OB 40 de vision nocturne.

 

Je dois être à 15 heures à Potsdam. Je quitte le Quartier Napoléon, à l’entrée principale une connaissance me fait un signe amical et un peu admiratif. Il connaît l’objet de cette sortie. Accélération jusqu’à 220 km/h sur l’autoroute pour tester le véhicule. A 14 h 45 prise de consignes auprès de mon prédécesseur anglo-saxon qui a couvert la zone pendant les 24 heures précédentes. Le rendez-vous a lieu sur le bord de la Königstrasse avant de pénétrer en zone soviétique. Lors de ma première mission j’étais un peu tendu car je craignais de ne pas pouvoir retenir tout le recueil effectué par les Britanniques. Il n’y avait pas eu beaucoup d’activité, cependant je me suis aperçu des limites de mon 1° degré d’anglais car je ne comprenais pas l’association de " flats " avec la gare de Satzkorn. Flat était pour moi un appartement alors qu’il s’agissait dans ce cas de wagons plats !

 

Avant d’arriver au pont de Glienicke, je tire les rideaux de la VGL et je mets mes lunettes de soleil car les touristes sont toujours intrigués par cette voiture à la plaque si étrange et la mitraillent de clichés. Des échanges d’espions ont été effectués sur ce pont.



 

Je me présente au poste de contrôle soviétique, à gauche. Le poste est-allemand est à droite mais nous les ignorons avec dédain car nous ne reconnaissons que l’autorité soviétique. Nous sommes dans une logique d’affrontement.

Je présente au factionnaire russe mon propusk dont l’enregistrement est effectué dans le poste puis il examine l’état de la VGL. Après m’avoir rendu mon laissez-passer il ouvre la grille. Seuls quelques mots ont été échangés : " Dobruy dyèn, pajalousta, spassiba, da svidaniya : bonjour, svp, merci, au revoir"

 

 

Je rejoins la Seestrasse en passant devant la mission britannique. Nos villas se trouvent près du lac de Heiligersee, face à Cecilienhof où s’est déroulée la conférence de Potsdam qui a décidé du sort de l’Allemagne par les Alliés en 1945 (sans la France).

La zone vie se trouve dans la villa de gauche, résidence du gérant, un militaire en retraite, et des 3 sergents pilotes de voitures qui viennent pour 4 mois du 13°RDP ou du 1° RPIMA. La villa de droite est utilisée pour les réceptions.

 

 

Départ, en sortant le Vopo (Volkspolizist) de faction dans sa guérite note l’heure comme à chaque mouvement. Je bloque les portières et je règle à ma vue le rétroviseur de droite. Le pilote se concentre sur la conduite, mon job c’est la sécurité et le recueil. Une bonne mission c’est recueillir du renseignement sans avoir été détecté, sans incident ni accident.

Nous croisons un ramoneur, signe de réussite de la mission selon nous.


Il y a une forte émulation entre les missionnaires qui ont oublié la hiérarchie avec ce sentiment d’appartenir aux meilleurs. Les officiers, malgré une formation à Ashford en Grande-Bretagne, peuvent difficilement rivaliser avec des sous-officiers BMP 2 Rens en provenance d’unités de recherche. Malgré cela il faut plusieurs années à la MMFL avant d’atteindre un bon niveau et seul l’expérience compte. Il y a une totale différence entre reconnaître un matériel sur photo et l’identifier à travers des jumelles, de nuit, et fatigué. La confiance envers les anciens est totale. Ils ont une parfaite connaissance topographique et peuvent traverser les agglomérations tous feux éteints. Ils n’ignorent pas les détails le la route : " Attention à l’entrée du village il manque des pavés. C’est vendredi soir, il y aura des Genossen (camarades) éméchés allongés sur la route ".


Lors de sa première sortie en doublure le missionnaire fait l’objet d’un bizutage. A un adjudant qui arrivait de la légion, j’avais demandé de " chouffer " au bord d’un canal d’une dizaine de mètres de large car une source nous avait indiqué le passage d’un sous-marin !


Nous nous dirigeons vers l’ouest par la R 1 et passons à proximité de Caputh (ce qui me rapelle Kaputt de Malaparte) où Einstein avait une résidence avant son exil américain. Nous remontons vers le nord pour nous installer en point d’observation (PO) au nœud ferroviaire d’Elstal (UU 6325). Dangereux car c’est un cul de sac, on rejoint le PO par un passage sous la voie ferrée, il suffit d’être dénoncé par la population, c’est très courant, et la Stasi avertira la Kommandantura soviétique pour nous bloquer. Je balaie nos traces sur le chemin de terre avec des branchages. Bruit de moto, c’est un jeune qui nous semble favorable. Je vais à sa rencontre et on discute voitures. Je lui demande d’aller faire le guet sur la route en échange d’un magazine de charme. New Look fait partie de la panoplie du bon missionnaire.

 

 

De temps en temps je vais coller mon oreille sur les rails. Après une heure d’attente j’aperçois de la fumée au travers de mes jumelles. Le train arrive du sud, je cale mon dictaphone entre mes cuisses, choisis un objectif 80/200 et vérifie que notre environnement est calme. C’est un train de marchandises avec du matériel militaire, la chance, je règle mon objectif et dicte : T64 numéro de tourelle…, il y en a 12, camions Oural 275 et ZIL 131, Scud bâché. Le train allait vite, il me manque des numéros, je décide de le rattraper en espérant qu’il passe par Nauen au nord. Au passage salut à Helmut, mon guetteur. A fond sur une route en mauvais état la VGL arrive avant le train au passage à niveau. Je peux reprendre mon décompte et photographier les plaques des camions, nous permettant ainsi d’identifier les unités. Bon début.

 

Je pénètre dans la cour où m’attend le sergent qui charge son sac. Je vais saluer le gérant, un ancien major de l’armée de l’Air très sympathique, et j’en profite pour manger un morceau de gâteau que confectionne en flux tendu le personnel de service, bien sûr membre de la Stasi (Ministerium für Staatssicherheit ou Stasi).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je ferais bien un tour dans une boutique où l’on trouve des sujets en porcelaine de Saxe de bonne qualité et à bon prix. Elle est tenue par un gérant que nous appelons le Belge car il parle français avec l’accent de Charleroi. C’est fermé, on verra demain. Nous reprenons la direction du sud par la 273 via Gross Kreutz (UU 4909) pour rejoindre l’autoroute E8, couloir de transit de la RFA vers Berlin-Ouest. Au niveau de la bretelle d’accès je remarque des soldats soviétiques se préparant à faire du feu. Ce sont des jalonneurs, ils indiquent aux convois de véhicules la direction à prendre. Très intéressant, d’après le feu ils vont garder cet emplacement assez longtemps, les mouvements tactiques d’unités seront certainement importants.

 

Traduction


Les véhicules de la MMFL ont des plaques d’immatriculation numérotées de 30 à 38 inclus…

…Les membres des MML (Mission militaire de liaison) doivent être en tenue militaire avec port de l’insigne de grade…

Il est interdit aux membres des MML de pratiquer l’observation de mouvement de troupes, d’objectifs militaires (avec prise de notes, de schéma, utilisation de jumelles). Les prises de vue par appareil photographique ou caméra sont interdites…

A la vue d’un véhicule de MML, un militaire doit immédiatement rendre compte personnellement ou par l’intermédiaire de son supérieur direct à l’officier de service de son unité. Ce dernier doit informer la Komendatura le plus proche…

Les militaires du GFSA ne doivent détenir des véhicules avec des membres des MML que dans les cas suivants : en ZIP et en ZIT, dans les zones de déploiement des unités, dans les objectifs militaires quelle que soit l’attitude de l’équipage du véhicule ; sur tout le territoire de la RDA en cas d’insertion dans un convoi militaire ou d’observation de troupes…

La détention de véhicule avec des membres des MML doit s’effectuer sur les lieux de l’infraction en bloquant le véhicule de manière à ne pas lui donner la possibilité de quitter les lieux de détention avant l’arrivée du représentant de la Komendatura. Les militaires ayant réalisé le blocage ont le droit de vérifier les papiers des membres de l’équipage du véhicule bloqué afin d’établir leur identité. Seul le représentant de la Komendatura a le droit de dresser le procès-verbal des circonstances de la détention…

Il est catégoriquement interdit d’utiliser la force ou les armes contre les membres des MML, d’entreprendre toute action pouvant menacer la sécurité des membres des MML, de fouiller les membres des MML ainsi que leur véhicule, d’entrer en discussion avec les membres des MMFL …

 

Il est à noter que ces consignes n’ont jamais été totalement respectées puisque des véhicules ont été fouillés, des missionnaires molestés, blessés ou tués par balle. Les sommations sont remplacées par la manœuvre de la culasse de la Kalashnikov.

 

Nous montons sur l’autoroute et je demande au sergent de se garer, normalement nous n’avons que le droit de circuler car nous sommes en ZIP, signalée par des panneaux dits anti-missions.

 

 

 

Je décide d’aller voir à pied jusqu’au pont ce que mijotent les " jals ". Après une petite observation je reviens au véhicule. Le piège ! Deux soldats qui m’ont repéré m’interdisent de remonter dans la VGL. Je suis bloqué, la mission fichue. Arrive alors une camionnette GAZ 66 et en descend un major. Il constate et me fait comprendre qu’il va prévenir la Section des Relations Extérieures (SRE) qui établira un PV d’infraction. Jeu habituel où l’on nous demande de signer un " Protokol " et bien sûr nous refusons, attestant de notre bonne foi. Le major parti j’arrive à interpeller mon sergent et lui dit de s’éloigner sur l’autoroute. La circulation en provenance de RFA est arrêtée par des Vopos. Face aux soldats je pousse une colère montrant mon insigne de grade en essayant d’aller vers la VGL mais ils me repoussent avec un " Niet, niet kamarad ". Ils ont des bras comme mes cuisses mais heureusement uniquement leur baïonnette, pas leur kalashnikov. J’entame alors une course à l’opposé de notre véhicule, poursuivi par mes braves jals qui ne savent pas que je suis très bon coureur. Je passe sur l’autre côté de l’autoroute arrivant ainsi à les contourner et par un sprint final je remonte vers mon sergent qui s’est mis en marche tout doucement en me voyant arriver. J’espère que la portière est débloquée, oui, je peux alors sauter à l’intérieur, baisser ma vitre et faire un geste très inamical à mes poursuivants. Il n’y a pas de blessés donc a priori pas d’incident. Par des Allemands de l’ouest ayant assisté à la scène, le chef de mission sera averti.

Nous repartons vers Potsdam où nous croisons 3 BTR 70 est-allemands neufs du 1°RFM/1°DFM (Régiment de fusiliers motorisés / Division de fusiliers motorisés) se dirigeant vers l’est. Puis sur un PO à Grossbeeren (UU 8302) observation d’un train vers l’ouest avec 80 camionnettes W50 et un ACRV 74 d’artillerie baché.

 

 

 

Retour vers une gare mais avant d’arriver à Babelsberg et ses mythiques studios de cinéma, je me rends compte que nous sommes suivis par la Stasi, nous empêchant ainsi d’opérer. Je dois les lâcher, aussi nous prenons l’autoroute dont les deux axes ne sont pas séparés par des barrières de sécurité. Nous accélérons et quand j’aperçois au loin une bretelle d’accès pour le sens opposé, je demande au pilote de traverser la bande herbeuse centrale qui sépare les axes pour rouler en sens contraire de la circulation, réduite, et nous sortons par la voie d’accès. C’était un peu chaud et pas très recommandé mais nos suiveurs…ne nous ont pas suivis. Par radio ils appelleront une autre équipe chargée de nous relocaliser.

 

 

 

 

 

 

Installés en PO sur la voie ferrée (VF) de Michendorf (UU6598) nous observons un train avec du matériel génie qui se met en attente. Je mets mon blouson pour cacher mes insignes et j’indique au sergent que je l’abandonne encore une fois pour aller chercher la fiche de destination que l’on trouve sur les wagons.

 

du mémento (extraits) :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’essaie d’être discret car des sentinelles ou des policiers affectés aux gares peuvent patrouiller.

 

Inutile de rester sur place, mon déplacement à pied a pu être remarqué et les autorités alertées. La délation est bien ancrée depuis 1933 au sein de la population. Nous prenons 20 minutes pour nous restaurer mais toujours en éveil, prêt à bondir sur les appareils ou à dégager. Un camarade dans la même situation a voulu jeter son repas par la vitre car du mouvement était détecté, or la vitre était levée…Nous avons beaucoup ri.

Un concours annuel est organisé pour l’attribution des ciseaux d’or et d’argent, c’est à celui qui taille le plus de " costards ". J’ai été récompensé par les ciseaux d’argent que j’utilise toujours...pour le papier. Il faut dire qu’à la pause café matinale qui nous réunissaient, tous grades confondus, dans notre cafétéria du bâtiment 25 du quartier Napoléon, j’étais multi-cibles.

Le jour tombe et nous traversons des bourgs qui ont pavoisé pour la fête nationale. Un souvenir me ferait plaisir, aussi je me dirige vers une maison pour me saisir des drapeaux. Je monte sur un appui de fenêtre mais en m’appuyant sur la vitre, la fenêtre s’ouvre ! Frayeur car j’ai failli tomber dans la pièce, personne ne m’a entendu et j’ai le temps de décrocher ces drapeaux que je détiens toujours. Les heures passent et les kilomètres s’accumulent, l’équivalent d’un tour du monde pour les missions annuelles. Dans la nuit nous rentrons à la villa pour prendre du repos. Je m’allonge habillé à même le sol d’une chambre. Si des unités doivent quitter leurs quartiers je serai réveillé par le tremblement de la villa. Je l’espère car des plaques de caoutchouc ont été posées sur un pont pour amortir les vibrations lors du passage des blindés.

Une demi-heure me suffit, je rejoins le sergent et nous ouvrons le frigo pour manger un morceau de gâteau. Nouveau départ.

Il nous faudra attendre 9 h 45 pour croiser à Friesack (UU3646) sur la R 5 vers le nord une colonne de 102 véhicules. Action, le dictaphone tourne : " Un GAZ 66 BB 41101 antenne déployée numéro 1179 ЮЭ, deux ZIL 131 bâchés 7261 ФБ et 2224 ЛН, 10 ZIL 131 bâchés avec 122D30 numéros 7161 ГД, 7162…Une UAZ 469 numéro 5728 ПУ, deux GAZ 66 2S12 numéro 0665 ЦФ et 0666…” De la main gauche je fais un signe amical aux Soviétiques, de la main droite je photographie, je perds quelques véhicules dans mon décompte car je dois changer de film. Je jette un coup d’œil dans mon rétroviseur afin de vérifier que nous n’allons pas être bloqués : un véhicule croisé peut se mettre en travers de la route et appeler par radio un véhicule de queue qui effectue la même manœuvre. Pour éviter le piège ou l’accident il reste la fuite par les bas-côtés, si c’est possible.

Fin de colonne à 12 h 20. Selon les immatriculations (71 supérieur à 21 ГД) il s’agit du 724° Régiment d’artillerie de la 16° Division blindée de la garde.

 

Encore un peu de navigation, pose photo et nous rentrons à la villa.

 

Nous lavons la VGL pour lui donner l’aspect d’une voiture de tourisme qui n’a pas participé au rallye de Monte Carlo. Dernier morceau de gâteau pour la route et je quitte le sergent Schmitt, c’est ma dernière mission avec lui. Il était discret et professionnel. En 1991 il sera tué lors d’une action de commando dans la profondeur en Irak.

Au pont de Glienicke j’ai un peu d’appréhension après l’incident de la veille. Même mode opératoire qu’à l’aller avec nouvelle inspection de la VGL. Ils doivent constater que nous n’avons pas eu d’accident. Rien à signaler, je peux donc rejoindre Berlin-Ouest. Le colonel I.Pereversiev, chef de la SRE, a montré son fair play.

 

A 14 h 45 je retrouve l’équipage américain sur la Königstrasse pour le briefing, je lui souhaite du résultat puis je file vers le secteur américain. Près de la Clayallee, dans un bâtiment US je rédige un high light, compte rendu rapide de la mission.

Remontée au quartier Napoléon. Les camarades veulent tout de suite savoir si la pêche a été bonne. Je vais rendre compte auprès du colonel de la tentative de blocage. Au labo photo je remets une quinzaine de pellicules.

Avec les photos et l’écoute de la bande magnétique du dictaphone je rédigerai le compte rendu qui sera diffusé aux organismes de renseignement français et alliés, mais en oubliant que nous l’étions avec les Soviétiques en 1945 !

 

Après la réunification de l’Allemagne les MML ont disparu mais l’expérience du renseignement est restée pérenne. Ainsi lorsque Colin Powell a présenté la photo ci-dessous prouvant l’existence d’armes de destruction massives en Irak pour justifier son invasion, j’ai aussitôt écrit dans un mémoire universitaire que cette preuve était un faux.

Lors de la seconde partie de ma carrière professionnelle, dans le privé et dans un domaine similaire, j’ai eu à côtoyer à nouveau mes anciens camarades. L’amitié et la coopération ont perduré. Pour les Russes je suis également resté une connaissance. Au cours de mes déplacements en Sibérie sur un salon d’armement j’étais accompagné en permanence et chaque année par le même binôme du FSB (ex-KGB) afin d’assurer ma sécurité…

 

"Nous savons que Saddam Hussein est déterminé à garder ses armes de destruction massive, déterminé à en fabriquer d’avantage"
Colin Powell
Remarques faites au Conseil de sécurité des Nations Unies.
Le 5 février 2003 (

state.gov

)

 

 

Last Updated on Monday, 04 March 2013 15:41
 
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